Cyclones : faut-t-il réduire la toile ?

La saison cyclonique 2017 dans l’Atlantique nord marquera les esprits pour de longues années. Rarement les habitants des Antilles et du golfe du Mexique n’auront affronté de séquence aussi éprouvante avec une succession incessante d’ouragans. On n’avait encore jamais vu trois ouragans (Irma, Jose, Katia) balayer en même temps la zone quelques jours après qu’un autre costaud (Harvey) ne saccage le même secteur. De nombreux regards se tournent vers les climatologues, dans un contexte où chaque année bat les records de température de la précédente : ca y est, c’est parti?

L’année en 2005 fut chaude, et le sud des USA encaissa en l’espace de deux mois 3 cyclones de la catégorie 5, la puissance maximale : Katrina, Rita et Wilma. En 2017, le Texas se noyait sous les trombes de Harvey, quinze jours avant que le cyclone le plus puissant jamais observé n’apparaisse en simultané de deux autres. La science cyclonique est jeune, elle date de l’apparition des satellites, mais elle avait rarement vu ça.
Avec des vents moyens de 295 km/h pendant 33 heures et des rafales à 350, Irma établissait un nouveau record du monde. Détrônant le typhon Haiyan, qui dévasta les Philippines en 2013.
Une dépression tous les cinq jours
Les cyclones tropicaux (ou ouragans, ou typhons selon leur zone géographique, hurricane en anglais) forment l’élite des dépressions tropicales, dont la nomenclature dépend de la force des vents : à partir de 35 nœuds la dépression gagne les galons de tempête tropicale et se voit affubler d’un prénom. On en recense 90 par an sur Terre et 50% d’entre elles atteignent le stade d’ouragan (dont 6 en Atlantique Nord), quand les vents dépassent 65 nœuds. Les deux tiers se dissipent dans les océans, mais une quinzaine atteignent les côtes chaque année.
Des phénomènes saisonniers et localisés… ou presque
Les cyclones les plus nombreux et les plus puissants sévissent dans le NW de l’océan Pacifique, où l’activité se manifeste toute l’année. Ailleurs, la saison cyclonique se déroule entre l’été et l’automne, avec un pic en fin d’été lorsque l’eau est la plus chaude. La saison officielle dans l’Atlantique nord court du 1er juin au 30 novembre (pour les abords de l’île de la Réunion du 15 novembre au 30 avril), cependant l’apparition d’ouragans n’est pas à exclure en dehors de ces dates: le cyclone Alex a traversé l’archipel des Açores en janvier 2016! Non seulement il s’est formé hors-saison mais en plus dans des eaux à 22°C, alors qu’on considérait qu’une température des eaux de surface (SST) supérieure à 26°C était nécessaire. En octobre 2005, l’ouragan Vince se formait au large de Madère et prit une trajectoire à l’est, qui l’amena en Andalousie. Ce fut le premier cyclone de l’histoire à atteindre l’Europe continentale. Faut-t-il voire dans ces phénomènes la trace d’un changement climatique ?
Un océan sous influence.
Il semblerait que les ouragans en atlantique soient sous contrôle de nombreux paramètres. L’Oscillation Multidécennale Atlantique (MAO) est un cycle quasi périodique de variation de la SST dans une fourchette de 0,6°C, petite mais costaude. Une période chaude d’une quarantaine d’années suivie d’une période froide d’environ 20 ans. Cette oscillation quoique modeste a un impact important sur le climat européen. On a décompté des cyclones plus nombreux pendant la phase positive : le décalage vers le nord des vents d’ouest permettrait aux alizés de chauffer d’avantage l’océan, ce qui favorise l’apparition de cyclones. La phase négative déplace les vents d’ouest vers le sud, lesquels provoquent un cisaillement vertical de la masse d’air et désamorceraient la formation des cyclones. C’est l’effet retenu également sur l’inhibition les ouragans atlantiques qu’exerce El Niño. Les relevés montrent que la chance d’avoir deux ouragans ou plus touchant les côtes US sont de 28% pendantune année El Niño, 48% dans une année neutre et 66% pendant une année La Niña, qui est la phase négative de l’ENSO (El Niño Southern Oscillation). Les épisodes Niña surviennent tous les 3-5 ans et font aussi souvent suite à des El Niño intenses, ils devraient se multiplier avec le changement climatique. L’ENSO est en phase neutre en 2017 mais l’anomalie de température dans l’atlantique est de +1°C par rapport à la normale.
Changement climatique, ce que dit la science
Il paraît qu’on entend peu de références au changement climatique dans la bouche des américains pendant qu’ils se font saccager par les cyclones, sinon le fameux « Irma est un complot des médias et des gauchistes pour faire avancer la cause du climat » lancé par une star de la radio yankee. Ils tiennent en partie en otage l’avenir du climat mondial entre leurs mains et leur mode de vie, cette dernière décennie avait pourtant de quoi les inspirer en matière de sécheresses, incendies et bien entendu cyclones. Les modèles climatiques n’observent ni ne promettent davantage de cyclones avec l’évolution du climat. Ils prévoient en revanche leur intensification, ce qui change tout de même beaucoup de choses, puisque cela signifie qu’il y aura moins de tempêtes et petits cyclones mais plus d’ouragans dévastateurs de catégorie 4 et 5… Une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d’eau, ce qui peut fournir potentiellement plus d’énergie aux vents et ouvrir les vannes des pluies diluviennes qui génèrent souvent plus de dégâts que le vent.
Dangers croissants
Les zones côtières sont déjà les plus peuplées et leur attractivité en fait des régions toujours plus urbanisées donc vulnérables. C’est le béton qui a provoqué les drames de la Nouvelle-Orléans et de Houston. Si on ajoute la hausse du niveau des océans aux vagues énormes (15m de creux à St Maarten), à l’accumulation d’eau par le vent et à l’onde de tempête (hausse du niveau de la mer due à la dépression, 3m à St Barth pendant Irma), le risque de submersion des littoraux sera encore augmenté en particulier si les mangroves ont été éradiquées. Le recul relativement récent dont dispose la science sur l’étude des cyclones rend compliquée toute corrélation des cyclones avec le changement climatique, les scientifiques demeurent prudents. Une des craintes sur lesquelles ils ne peuvent encore s’exprimer est de savoir si les cyclones iront frapper des zones jusque là préservées, comme ca a été le cas avec Vince. Des climatologues n’excluent pas de pouvoir observer un jour un ouragan au large de nos côtes ou se propager vers les hautes latitudes.

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